6/3/2025

Whitechapel, l'hymne des ténèbres

Si on nous avait dit qu’on allait passer en revue les 7 péchés capitaux en compagnie de Phil Bozeman et sa bande, on aurait signé tout de suite. Alors, évidemment, nous ne boudons pas notre plaisir face à cette nouvelle proposition, joliment intitulée Hymns In Dissonance et qui s’annonce absolument infernale, au sens premier du terme. 

Trois notes et nous voilà déjà à genoux, succombant à cette atmosphère terriblement sombre qui nous projette sans introduction vers les dédales d’un labyrinthe sinueux à l’atmosphère lourde et poisseuse, hanté par les créatures les plus viles. Oui, tout ça en trois notes. Et la batterie s’abat sur nous dans une rythmique tribale qui pulse l’angoisse dans les veines. La voix de Phil Bozeman est tranchante, inquiétante, pénétrante. « Prisoner 666 » porte terriblement bien son nom. Ce titre porte une base rythmique percutante qui honore l’infernale guitare solo. Bozeman nous assène des growls caverneux qui terrassent toute rationalité. Ce titre n’est que puissance et maîtrise, et il laisse pantois !

Vous savez à quel point on aime les petits trésors cachés dans les albums. « Hymns In Dissonance » en est un bon exemple. 

Au début de ce titre, on peut entendre Phil Bozeman scander une espèce de prière maléfique :  

« Rehtaf fo seil

Rehtaf fo eht ssyba

Ew emoc morf woleb 

Nepo ruoy seye gnik Reficul

Redrum meht lla »

Un petit conseil, lisez à l’envers ! Mais préparez-vous. Parce que si la recette est classique et vieille comme le monde dans l’univers du deathcore, le coup du phrasé cryptique a cappella en début de morceau prend un tout autre sens avec Phil Bozeman à la barre. Sa voix est si démente qu’elle semble invoquer des démons d’un autre temps. Ou peut-être ceux qui vivent tapis au fond de nos esprits ? Une fois n’est pas coutume, un commentaire sous le clip nous a semblé bien résumer la situation : Hearing Phil chant sacrilegious lyrics backwards scratches a part of my brain I didn’t know I had (Entendre Phil chanter des paroles sacrilèges à l’envers érafle une partie de mon cerveau dont j’ignorais l’existence).

Côté instru, c’est la course aux BPM et à l’échelle de Richter. Entre breakdown et blast, le cœur balance, du moins, il tente de suivre. « Hymns Of Dissonance » se veut être un hymne, et si c’en est bien un, alors c’est celui de la furie.

Doubler le légendaire blast de Brandon Zackey d’une guitare ultra mélancolique, c’était clairement LA bonne idée de ce morceau. Ça, et les breakdowns à décrocher la mâchoire. En somme, « Diabolic Slumber » est un titre qui joue la profondeur. Et elle est abyssale. Et comme on aime toujours autant la symbolique, et que c’est la trame de fond de ce titre, on vous la dévoile. D’après Bozeman, ce titre représente la Paresse, au sens péché capital du terme. Le fait d’être spectateur de la déchéance du monde et de ne pas lever le petit doigt pour le sauver.    

« FUCK THEM ALL

LET THEM ALL DIE” 

« A Visceral Retch » est la première production de cet album a avoir vu la lumière du jour. Ou bien à nous avoir apporté l’ombre des enfers. Sorti il y a 5 mois, ce titre annonçait alors la couleur de ce qu’Hymns In Dissonance serait. Noir, certes, mais surtout intense. Phil Bozeman s’impose sur ce titre comme un des plus grands chanteurs de deathcore du game. Entre growl et fry, on surfe sur un éventail de sonorités infernales qui prennent la vague, plutôt le raz-de-marée, de la base rythmique. On double le tout d’un clip cryptique et un peu dégeu, et la déferlante Whitechapel s’abat, sans pitié aucune. Cette fois, c’est la Gourmandise qui est symbolisée. Cela dit, oubliez l’image de l’homme qui s’envoie 15 gaufres à la foire, là il est question de “Des démons gigantesques se gorgeant constamment et excrétant.”. 

Au cas où vous nagiez en eaux troubles, et qu’à ce stade, vous vous demandiez dans quel rituel funeste vous avez bien pu mettre les pieds, « Ex Infernis » est là pour vous le rappeler. Vous êtes sur le point de libérer la bête. Nous devons cet interlude à Zach Householder et à son logiciel de batterie orchestrale. Oui, l’info nous semble pertinente quand on entend de quoi a accouché ce gentil programme. 

Faisons encore péter le compteur de BPM, si cet album ne nous achève pas, c’est probablement ce qu’il a enfanté qui le fera. « Hate Cult Ritual » est un tableau de la Colère dans ce qu’elle a de plus vil. Musicalement, on tire davantage sur un death caverneux. Alex Wade a largement été inspiré par Bloodbath sur ce titre. 

L'Orgueil. Certainement un des pêchés capitaux les plus symboliques, soutenu par un morceau à la hauteur de sa réputation. C’est rapide, implacable, violent. Assez imagé en cela, n’est-ce pas ? La batterie est déchaînée, comme à son habitude. « The Abysmal Gospel » est un mix and match d’influences allant du grind au death, éclatant tout sur son passage avec une énergie sans commune mesure, démontrant à quel point Phil Bozeman jouit d’une technique vocale infaillible. 

« Bedlam » est un titre profondément ancré dans l’ADN de Whitechapel. Il se construit suivant un fil rouge assez classique dans la discographie du groupe : riffs acérés, rythmique aussi lourde qu’écrasante, cette pointe de mélodie dans le fond, une aura terriblement maléfique. L'Envie semble finalement se plaire dans sa zone de confort !

« Mammoth God » met la guitare solo sous le feu des projecteurs (enfin, des enfers). Solos à n’en plus finir, omniprésence d’un riff mélodique qui a le mérite de calmer les esprits, l’Avarice est visiblement guitariste ! 

Whitechapel a pour habitude de nous clouer le bec sur le dernier titre de ses productions, c’est encore le cas avec « Nothing Is Coming For Any Of Us ». L’horizon s’éclaircit légèrement avec une base rythmique plus aérienne, des guitares hurlantes de mélancolie et un Phil Bozeman qui tire enfin vers les aigus. 

Kin & The Valley exploraient une facette plus émotionnelle de Whitechapel. Hymns In Dissonance est tout l’inverse. Violence, brutalité, douleur. Côté magnitude, on est à 9. Destruction totale à l’épicentre et impact possible sur plusieurs milliers de kilomètres. Si vous aimez avoir mal, foncez. Par contre, si comme nous, vous avez été sensibles à la voix claire de Phil Bozeman, vous aurez probablement un léger sentiment de frustration à la fin de cet album. On aurait adoré un titre plus lumineux qui aurait joué les contrastes avec l’enchaînement inhumain que nous propose Hymns In Dissonance.        

Annaëlle Moss

Lineup:

Phil Bozeman — Vocals

Ben Savage — Guitar

Zach Householder — Guitar

Alex Wade — Guitar

Gabe Crisp — Bass

Brandon Zackey — Drums

Hymns in Dissonance track listing :

  • Prisoner 666
  • Hymns in Dissonance
  • Diabolic Slumber
  • A Visceral Retch  
  • Ex Infernis
  • Hate Cult Ritual  
  • The Abysmal Gospel
  • Bedlam
  • Mammoth God
  • Nothing is Coming for Any of Us  

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