3/4/2025

Entre ambition et héritage avec Bloodywood

Nous avons eu l'occasion de discuter avec Jayant Bhadula, chanteur de la formation indienne Bloodywood avant leur show à l'Aéronef de Lille.

Interview par Annaëlle Moss.

Votre nouvel album sort demain, est-ce que tu peux nous en dire plus sur Nu Delhi

C’est une lettre d’amour à la ville où on a grandi, mais c’est aussi un message pour le monde : le metal de New Delhi, et d’Inde plus généralement, arrive dans le paysage international, et nous comptons bien rester !  

Existe-t-il une vraie scène metal en Inde ? Nous n’avons pas l’occasion de croiser beaucoup de groupes venant de cette région du monde. 

Ce n’est pas très populaire en Inde parce que les gens sont plus sensibilisés à la musique qu’on retrouve dans les films de Bollywood. Dans un pays avec plus d'1.4 milliards de personnes, la part de metalhead reste faible, mais c’est une communauté très soudée. Il y a beaucoup de groupes de metal ou de hip-hop par exemple en Inde, qui ne travaillent pas avec Bollywood et qui font leur chemin indépendamment. Preuve en est, nous avons Midhaven et Demonic Resurrection avec nous ce soir ! Je suis vraiment heureux qu’on ai pu faire venir ces groupes sur la tournée. 

Alors, vous êtes un peu les ambassadeurs de la scène metal indienne ? 

Je ne dirais pas ça, mais je me sens vraiment reconnaissant qu’on puisse faire venir des groupes indiens, et surtout reconnaissant du soutien qu’on reçoit partout où on va. Tu aurais dû venir à Paris hier, non seulement c’était sold-out, mais les gens ont chanté avec nous du début à la fin, au point qu’à certains moments, je ne m’entendais même plus dans le retour. Ce niveau de soutien qu’on reçoit à travers le monde nous permet de faire ce genre de choses, et je suis vraiment très reconnaissant pour ça. 

Est-ce qu’il y a un double sens dans le titre Tadka ou est-ce qu’on parle juste cuisine ? 

Il y a un tas de sens cachés si tu creuses un peu. Clairement, ce titre est une ôde à la cuisine qui nous a accompagnés dans notre vie, mais c’est aussi un hommage à la personne qui cuisine pour toi, qui prend soin de toi. Ça parle du confort que tu trouves dans la nourriture après une journée compliquée. Et ce qui est bien, c’est qu’un français qui n’aurait aucune idée de ce qu’est la cuisine indienne peut quand même s’identifier à cette chanson parce que c’est à propos de la mère (ou la personne qui prend soin de toi) qui cuisine et de toute la symbolique derrière. Si ça parle de cuisine indienne, c’est parce qu’on a écrit cette chanson de notre propre perspective. Mais ça parle surtout du réconfort qu’on trouve dans un foyer. 

Il y a cette phrase dans le nouvel album qui, à mon sens, résume assez bien la raison d’être de Bloodywood : Diversity Is A Gift. Est-ce que c’est le message que vous voulez porter ? 

Absolument. À l’ère d’internet, les gens sont connectés d’un bout à l’autre du monde. En 2025, on se dirige vers des communautés plus globales, des gens qui vivent d’un côté du globe et qui ont des liens avec des personnes à l’autre bout de la terre. Dans un monde comme celui-là, il n’y a pas de place pour le racisme ou le fascisme. Chaque personne de chaque recoin du globe apporte quelque chose. Une société dans laquelle on peut mettre en avant nos différences et nos besoins en tant qu’humains serait la meilleure dans laquelle nous puissions vivre parce qu’au bout du compte, nous vivons tous sur la même planète. Et nous sommes tous humains, alors nous devrions nous traiter comme tels, pas en traitant quelqu’un de telle manière parce qu’il vient de tel endroit. 

Retournons un peu dans le passé… pourquoi avoir décidé de passer d’un groupe de cover à une formation aux compositions originales ? 

Faire des covers faisait partie du plan. Nous voulions proposer nos propres productions dès le départ, mais il faut être réaliste. Personne ne va sur Internet pour chercher un groupe de metal indien. Dans ce cadre, il fallait nous faire connaître, avoir une fanbase installée. Et dès que ça a été le cas, on a sorti notre premier single. 

Peut-on espérer de nouveaux covers à l’avenir ?

Ce n’est clairement pas prévu parce qu’on n’a plus à le faire ! On est trop contents de pouvoir jouer nos propres morceaux maintenant. Peut-être pour le fun, un jour, mais rien de prévu dans ce sens en tout cas.

Vous avez signé avec Fearless Records l’année dernière. C’est une énorme avancée pour Bloodywood. Quel est votre but ultime avec cette formation ? 

Notre but ultime, c’est clairement la domination globale, il n’y a pas de meilleure manière de le dire ! On a grandi en écoutant des groupes comme Metallica, Linkin Park, et ces groupes ont dominé le monde. Je suis retombé sur une vidéo du concert de Pantera à Moscou. Ils jouent devant tellement de gens ! C’est vers ça qu’on veut tendre. Et on travaille dur pour ça et on n’a pas de mal à le faire, alors c’est ce qu’on se met comme but, et on fait ce qu’il faut pour l’atteindre. 

Tu penses qu’être originaire d’Inde est une force ou au contraire un frein à ce projet ? 

C’est une force ! Tu connais Delhi en été ? Il fait hyper chaud là-bas. On est [physiquement] fait pour ça ! 

Vous vous souvenez de votre passage au Hellfest ? Il y avait du monde pour vous voir.

Oui bien sûr ! Quelqu’un du festival nous a dit qu’il devait y avoir 50 000 personnes. Ça m'a carrément épaté ! Surtout qu’il y a truc vraiment spécial avec ce festival. 

Quel est ton plus beau souvenir d’artiste ? 

Je dirais que le Hellfest en a été un très bon, mais le plus frais, c’est hier [concert sold out au Bataclan]. L’agressivité positive de la foule… J’ai lancé un Wall Of Death, et dès que c’était fini, tous les gens faisaient attention aux autres. C’était génial ! Et puis, le Bataclan, au-delà de son histoire tragique, c’est vraiment une étape importante dans le circuit français. On nous a dit que la première était le Trabendo, ensuite le Bataclan et après c’est le Zénith ! Donc jouer au Bataclan à un show sold out, c’est quelque chose dont on est très heureux. 

Surtout en moins de 10 ans d’existence ! Sinon, qu’est-ce qui tourne dans ta playlist ces derniers temps ?

C’est un peu un mélange. Je regarde beaucoup d’animes, et donc, j’écoute beaucoup de musique issue de cet univers. En ce moment, j’écoute un duo japonais qui s’appelle Creepy Nuts. Le rappeur et le producteur bossent ensemble, et ils sont vraiment doués dans beaucoup de domaines, et leur production est assez recherchée. J’écoute aussi King Gnu, un autre groupe japonais. C’est old-school mais très bon. Et d’autres artistes japonais parce qu’en fait, je n’aime pas trop écouter de metal quand je travaille parce que sinon j’ai l’impression que le boulot de s’arrête jamais. Donc j’essaye d’écouter moins de metal, mais ce que j’écoute toujours, c’est ceux que j’ai toujours écouté, donc Slipknot et compagnie. 

C’est ta passion pour l’univers des animes qui t’a motivé à bosser avec Baby Metal ?

Ah, l’histoire avec Baby Metal est vraiment amusante. Le titre [Bekhauf] était prêt, c’est à dire que ce que vous écoutez maintenant, c’est à peu de choses près ce qu’on avait écrit pour Bloodywood. Quand l’instru a été enregistrée, on a beaucoup échangé avec Raoul sur les paroles etc. Et l’un de nous a dit comme ça qu’avoir Baby Metal en featuring serait génial. Et genre, deux ou trois jours après ça, on reçoit un DM sur Instagram qui nous dit que Baby Metal aimerait travailler avec nous. Alors on leur a répondu qu’on avait un titre déjà tout prêt pour eux ! Et en gros, c’est vraiment le titre qu’on avait créé, à quelques passages électroniques près, donc ils ont juste fignolé le morceau. Tout est allé très vite ! Et non, ça n’a rien à voir avec les animes, même si j’aimerais beaucoup écrire pour un anime. Donc, c’était le destin, quelque part ! 

Donc tout s’est fait à distance, vous ne vous êtes pas retrouvés en studio ensemble ?

Ca aurait été compliqué étant donné que nous sommes en Inde et qu’ils sont au Japon avec les visas etc. Donc on a tout fait à distance. 

Le clip de Bekhauf est assez fou en lui-même, tu peux nous en parler ? 

On a décidé de faire un clip animé parce que ça faisait longtemps qu’on voulait faire un clip dans ce style, mais on nous a dit que ça ne marchait pas forcément et que c’était cher à réaliser, alors on avait un peu laissé tomber. On a voulu faire un clip avec Babymetal mais ils étaient très occupés et notre tournée approchait alors on a ressorti cette idée de clip animé. Et ça fonctionne très bien ! Il a été réalisé par un studio indien, Goppo Animation film, et ils ont bossé dur. Le clip a été fait en un mois et demi à peu près, et quelqu’un qui s’y connait saura vous dire que c’est dur de produire un tel clip. 

Un dernier mot pour les lecteurs ? 

Bien sûr ! Le nouvel album est disponible, n’hésitez pas à l’écouter et à nous dire ce que vous en pensez. Merci pour votre amour et votre soutien ! 

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