15/2/2025

Hangmans' Chair signe un nouveau chef d'oeuvre mélancolique et sombre

Avec Saddiction, Hangmans' Chair signe un nouveau chef d'oeuvre mélancolique et sombre. Nous avons rencontré Julien Chanut (guitare) et Cédric Toufouti (guitare chant) chez Nuclear Blast et avons discuté de leur nouvel album Saddiction, de leur identité si spécifique dans la scène Metal en France et de leur tournée à venir.

Julien Chanut & Cédric Toufouti
Quelles sont vos inspirations musicales et artistiques ? Chez Metalleux de France, on trouve que votre identité musicale nous renvoie à The Cure en version post-Metal.

J’ai découvert sur le tard les Cure et je pense que si tu avais posé la question à Clément notre bassiste, il aurait été aux anges. En termes d’inspirations, je citerais Alice in Chains, Chris Cornell ou encore Dax Riggs, dont j’ai littéralement poncé les albums. Il y a des musiciens qui nous ont tellement imprégné de leur musique qu’on ne pense même plus à les citer.

Quels ont été les thèmes qui vous ont inspiré ce nouvel album ?

Il y a d’abord la notion de perte, ce qui a attrait à la mort, mais il y a aussi un texte qui parle de lâcheté, du fait de ne pas assumer, et de rester dans une forme de déni. Nous parlons beaucoup du mal-être… un sujet inépuisable. Dans l’album A Loner pnous partageons notre vision de la dépression et du besoin de s'isoler pour essayer de l'apprivoiser pour ensuite espérer s'en sortir. Et Saddiction, c'est un peu la suite de tout ça. Le dernier titre de l'album, “Healed ?” est un bon résumé de toute cela car il interroge sur la capacité à guérir de cette noirceur. Personnellement, je suis assez pessimiste et je pense qu’une fois que la dépression est installée, elle devient permanente et qu’il faut savoir vivre avec et se l'approprier. On finit par l’accepter, et c’est le thème de Saddiction.

Votre univers est de manière générale mélancolique. Y entrevoyez-vous une forme d’espoir comme le laisse entendre la fin du clip de “2 AM Thoughts” ?

Nous avons surtout voulu partager notre réponse. Nous avons filmé ce clip avec Kendy Ty, qui avait déjà fait le clip “Loner”. Il nous a proposé de mettre en scène quelqu’un dans son quotidien, de manière intimiste. Nous avons demandé à Keo, notre premier chanteur, qui a connu des périodes difficiles. Il a tout de suite accepté à condition de raconter sa renaissance. Pour nous, c’est aussi une manière de lui rendre hommage.  

C’est une belle histoire de ténacité et de réussite. C’est un combat de tous les jours que de vouloir sortir de la dépression ou de passes difficiles. Il faut faire preuve de discipline.

Vous étiez en fin d’année 2024 en tournée européenne. Quel est votre meilleur souvenir ?

J’ai adoré la date à Paris. C'est toujours un plaisir après quelques semaines à l’étranger de retrouver les copains, de pouvoir kiffer avec eux. Et je dirais aussi la dernière date, le Damnation Fest en Angleterre, car c’était une belle surprise, pas mal de monde nous attendait.  Même si nous avons notre fan base en France qui nous est fidèle, nous devons construire notre notoriété en Europe. En tout cas, ce qui est génial est d’aller à la rencontre de gens qui nous écoutent parfois depuis longtemps à l'autre bout de l'Europe. C'est pour ça que l’on fait de la musique aussi, pour ces voyages-là, ces rencontres.

Dans votre nouveau titre, “Kowloon Lights”, qui figure dans le nouvel album, vous faites directement référence à cette ville chinoise qui fut démolie pour des raisons sanitaires et par manque de lumière. Qu'est-ce qui vous a poussé à choisir ce thème ?

Kowloon est une espèce de ville no-man's land où régnait la mafia et la corruption. C'est des images que j'aime bien. J’aime cette pénombre étrange accentuée par ces bâtiments si serrés. La seule source de lumière émane des néons. C'est un peu ce mood-là que je voulais. Kowloon est surtout une métaphore pour donner une direction artistique à notre clip. C’était une belle aventure pour nous, car cela change de nos clips habituels. Nous avons simplement demandé à Dehn Sora (le réalisateur du clip), de s’inspirer de la pochette de notre album. Et nous ne sommes vraiment pas déçus ! C’est une belle référence à Gaspard Noé. J’ai toujours trouvé poétique le fait de voir pleins de lumières venant de pleins d’appartements différents. Cela laisse deviner les nombreuses vies différentes de chaque habitant, et je suis très satisfait de voir ce thème abordé dans le clip.

Dans votre univers visuel, vous mettez particulièrement en avant la banlieue. C’est un thème que vous abordez souvent de façon triste, mélancolique et froide…

Nous en parlons comme nous la ressentons, car c’est là d'où nous venons. On parle et on crée à partir de ce qu’on connaît. La banlieue est un thème peu abordé par le metal. C’est notre identité et sommes ravis d’imprégner nos disques de son empreinte.

Certains d’entre nous ont grandi avec Renaud, qui lui aussi parlait des banlieues et de ses fameuses “barres de bétons”. Le rap a ensuite repris le flambeau dans les années 90. Vous sentez-vous également dans la lignée de cet héritage ?

Cela fait partie de notre quotidien, donc c’est forcément quelque chose qui nous inspire. Malgré tout, nous ne souhaitons pas être totalement associés à ce thème qui ramène surtout au milieu du Hip hop. Nous en parlons avec un angle différent. Nous aimons bien rattacher à l’ennui, la tristesse et à une forme de désespoir poétique. Après Banlieue Triste (2018) nous avons sorti l’EP Bus de Nuit (2019), qui reprend ce thème aussi. On a voulu évoquer le sentiment étrange qu’on ressent quand on prend les transports pour quitter la chaleur et la folie de la ville, et retrouver la froideur de notre banlieue. Nous pensions qu’il n’y aurait que nos fans français qui apprécieraient ce genre de références, mais nous avons eu la surprise de constater que cela plaisait également à notre fanbase étrangère, pour qui tout cela semble presque exotique.

Vous avez une identité unique dans la scène Metal en France. Est-ce que vous mesurez votre empreinte ?

Je ne saurais pas trop comment vous répondre. Nous sommes conscients d’avoir une réelle identité sonore, avec un style reconnaissable, que nous avons travaillé et peaufiné année après année. Nous adorons notre son de batterie, plein de reverb, la caisse claire, t'as l'impression que c'est un coup de chevrotine ! Il y a des chorus sur les guitares, etc. Et tout ça s’est vraiment consolidé à partir de Hope, Dope, Rope (2012).

Quel regard portez-vous rétrospectivement à votre carrière musicale ?

J’apprécie le fait de faire de la musique avec les mêmes gars depuis tout ce temps. Le groupe a 20 ans, moi, je suis arrivé en 2008. Donc cela fait 17, 18 ans avec les mêmes personnes. C'est déjà une belle victoire, quoi. Et puis réussir, à mon sens, c’est réussir à faire des albums qui sont qualitatifs, que nous prenons plaisir à réaliser. Parfois je me surprends à réécouter d’anciens morceaux ou albums, et j’en suis toujours fier. Nous avons beaucoup changé depuis, mais j’éprouve toujours un grand plaisir à chaque écoute. C’est en arrivant à se surprendre, en se réinventant qu’on arrive à faire un nouvel album, en faisant des trucs qu’on ne faisait pas avant. Et c'est ça aussi qui nous fait continuer.

Quel est le prochain cap à franchir pour Hangman’s Chair ?

On ne se pose plus vraiment toutes ces questions. Maintenant qu’on est arrivé jusque-là, ce n'est que du bonus. Cela nous a pris du temps d’en arriver là où nous en sommes. Nous n’avons pas explosé, cela fait désormais 20 ans que l’on fait ça. Donc pour moi il n’y a pas de prochaine étape à part profiter du moment présent et continuer à s’éclater en faisant de la musique.

Y a-t-il des défis pour vous en 2025 ?

Réussir à chanter l'album ! Parce qu'on a poussé un peu la barre est assez haute au niveau du chant. Et c'est vrai que pour l'instant, on n'a fait que 2 ou 3 nouveaux morceaux sur la dernière tournée avec Dool. Je n'ai pas encore testé tous les morceaux à chanter. Nous souhaitons surtout faire les choses bien, défendre au mieux ce nouvel album sur scène.

Avez-vous déjà tourné au-delà de l’Europe ?

Nous avons déjà joué à Las Vegas, mais ce serait bien de faire une tournée plus grande aux États-Unis, un jour. Nous avons plusieurs fois parlé de tourner au Japon, mais cela ne s’est malheureusement jamais fait. Il y a aussi l’Europe que nous souhaitons continuer à faire, mais aussi le Canada. Il nous reste des choses à faire !

Vous serez en tournée en France prochainement…

Nous passons le 27 Mars 2025 à Lyon et le 29 Mars à Joue les Tours, mais également le 6 Avril au We Metal Fest à Ris Orangis, le 11 Avril à la Rochelle, le 12 Avril à Creil, le 23 Mai à Dijon ou encore le 24 Mai à Magny-le Hongre. Tout est sur notre instagram.

Nous espérons vous y voir nombreux !

Texte: Anna Grésillon
Photos: François Capdeville (sauf photo de couverture)

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