Les Français d'Overdrivers s'apprêtent à sortir leur troisième album, intitulé Glory or Nothing. À cette occasion, nous avons eu l'immense bonheur de les rencontrer. Et le terme bonheur n'est pas usurpé : simplicité, humour, franchise, complicité évidente... Adrien [chant et guitare] et Anthony [guitare] nous en apprennent davantage sur ce nouvel opus et nous confient quelques anecdotes inattendues !
Tout d’abord, merci, ça fait super plaisir de vous rencontrer.
Adrien et Anthony : Merci à toi !
Le groupe a débuté en 2015.
Adrien et Anthony : Oui, c’est bien ça.
Et là, c'est le troisième album. Avec un line-up presque constant, sauf les bassistes. Qu'est-ce qu'il se passe ?
[Rires]
Anthony : On a une malédiction !
Adrien : Il n'y a pas qu'avec Metallica, qu'il y a une malédiction des bassistes. [Rires généraux]
Anthony : En fait, on a vu que Metallica avait une malédiction des bassistes. Comme on voulait s'inspirer des plus grands, on s'est dit, bon ben tant pis, on va virer les bassistes ! [Rires d’Adrien] Pour l'instant, on n'a pas encore le même succès, mais on espère avec cet album !
Il y a peut-être d'autres sources d'inspiration….
Anthony : On devrait faire une chanson sur les bassistes.
Adrien : Ouais, c’est vrai. Mais bon, globalement, il y a eu une grosse partie de faite avec le même, Sébastien, qui a fait de 2015 à 2022. Il est resté pratiquement sept ans. Sept ans complets. Après, il y a eu Benji, qui lui est resté huit mois.
Anthony : Oui, il nous a permis de finir la tournée de promotion de l'EP Rock Out!
Adrien : Voilà, et après le départ de Benji, on ne s'est pas tout de suite mis à chercher les bassistes. On préparait l'album, et là, ce n'était plus une priorité de trouver un bassiste.
Anthony : On avait déjà pris rendez-vous au studio.
Adrien : On savait quand Benji est parti, qu’on rentrait en studio dans quatre mois. L'album n'était pas encore composé entièrement. La priorité, c'était de finir l'album. On s’est dit : « Au pire, on n'a pas besoin d'un bassiste pour enregistrer. On trouvera un bassiste de session s'il le faut ». On s'est mis à chercher le bassiste après. Lion est arrivé en mai, mais officiellement en octobre. On l'a annoncé en octobre. Jusqu'à quand ? Je sais pas, il part quand, lui ? [Rires] On verra !
Anthony : Il faudra qu'on regarde Metallica combien de temps ils ont gardé leurs bassistes. [Rires]
De toute façon, ça sert à rien les bassistes ! [Rires] On en profite, il est pas là !
[Rires]
Adrien : Je n’ai rien dit !

Donc on a la sortie prochainement de Glory or Nothing. Avec une pochette magnifique. Parlez-moi de cette pochette.
Anthony : Au moment de chercher un artiste capable de nous faire une belle pochette, on est retombés sur la pochette d'un groupe avec qui on avait tourné il y a longtemps, Drenalize.
Ils avaient sorti un album. Je ne sais plus le nom de l'album, malheureusement. Par contre, la pochette est démentielle. Et nous, comme on voulait un truc un peu vintage, 80, et que cette pochette-là...
Adrien : On ne voulait pas un truc... On voulait vraiment un truc dessiné.
Anthony : Comme leur pochette était très 80, ça correspondait parfaitement au style qu'on voulait pour cette pochette, on s'est renseignés sur l'artiste qui avait fait leur pochette. C'était Grégory Lê, un illustrateur bien connu. Du coup, il fallait déjà trouver l'idée de ce qu'on allait faire comme dessin, parce qu'on avait mis comme titre d'album Glory or Nothing, mais comme concept, c'est dur un peu à illustrer.
Adrien : On avait des idées, mais ça ne durait jamais. On savait le nom de l'album, mais c'était dur à illustrer. On a échangé des idées. On est partis sur plein de trucs à chaque fois. Des fois, ça ne plaisait pas tout le groupe. C'était très compliqué.
Anthony : Et c'est Florian, le batteur...
Adrien : Oui, Florian à la maison qui dit : « Pourquoi on ne prend pas un genre de volcan qui explose, et nous, on est projetés du volcan ? ». Sur le coup, on lui a dit : « Ouais, non, merci… » Mais on continuait à chercher. Après, au bout de 2 ou 3 minutes, on s'est dit : « Mais en fait, c’est pas con ».
Anthony : Ouais, c'est pas con. [Rires] On a proposé cette idée-là à Grégory Lê. Au départ, on était partis sur un volcan, et on voulait sortir du volcan, vu d'en haut. Mais il nous a dit qu'une explosion, ça serait plus facile, moins compliqué à illustrer.
Adrien : Il disait : « Si c'est pris de haut, ça va être dur de montrer que c'est un volcan ». On lui a répondu que tant que c'était une explosion, ça nous allait. Du coup, il y a eu beaucoup d'échanges avec lui. On lui a envoyé beaucoup d'exemples, d'images qu'on voulait. Il a été très réceptif à ce qu'on lui proposait. Il donnait son avis, on écoutait.
Anthony : Au fur et à mesure qu’il avançait, il nous envoyait les progrès. Pour qu'on lui dise ce qu’on voulait modifier.
Adrien : On a dû attendre un peu de travailler avec lui. Au moment où on l'a contacté, il nous avait dit qu'il n'était pas disponible avant 2-3 mois. C'était dommage… On prenait du retard par rapport à la sortie de l'album.
Anthony : Mais comme on voulait vraiment travailler avec lui...
Adrien : À la base, l'album devait sortir plus tôt. Donc, ça prenait du retard. Et comme Anthony l’a dit, on voulait vraiment travailler avec lui.
Anthony : Donc on a attendu qu'il soit libre pour qu'il puisse faire la pochette.
Adrien : En fait, il bossait avec Ultra Vomit à ce moment-là, on le savait pas. Il avait gardé l'info pour lui. Et on l'a découvert après.
Anthony : On a été étonnés, d’ailleurs.
Adrien : On s’est dit, mince, les gens vont encore dire : « Ouais, vous avez fait comme Ultra Vomit ».
Anthony : Ben, non, pas du tout ! [Rires]
Adrien : On savait pas !
Au niveau de la compo et de l'enregistrement de l'album, ça a été plutôt rapide ? Ça a été compliqué ?
Anthony : Ça a pas été compliqué. Ça a pas été rapide pour autant. Mais c'est parce que, justement, comme il y a eu tous les problèmes qu'on a évoqués, il y a eu le Covid, il y a eu les changements de bassiste...
Adrien : L'enregistrement lui-même ou la composition ?
Tout le processus.
Anthony : Ça s'est quand même étalé. Il y a eu le Covid, il y a eu la formation des nouveaux bassistes.
Ça a forcément reculé la sortie de l'album. Ce qui nous a permis d'avoir plus de temps pour composer.
Adrien : On a vraiment beaucoup bossé et mis un coup d'accélérateur sur la fin.
Anthony : Oui, la dernière année.
Adrien : C'est vraiment la dernière année.
Anthony : Sinon, on a composé de la même manière qu'on composait les autres albums. C'est-à-dire qu'on a une musique qui est vraiment basée sur la guitare, donc on commence toujours d'un riff de guitare. Ensuite, on finit l'instru, donc on fait la structure du morceau, on met la basse, la batterie. Et en dernier, on met la ligne de chant, on met des paroles. On a continué comme ça. Et le fait d'avoir eu plus de temps, on a peut-être eu le temps de mettre plus de petites influences qu'on ne mettait pas avant.
Adrien : On s'est moins mis de barrière par rapport aux précédents albums.
Anthony : C'est-à-dire que les gens nous disaient toujours que nous étions dans un style un peu AC/DC. Donc nous, inconsciemment, dès qu'on composait un truc qui sortait un peu de ce cadre-là, on s'empêchait de le mettre dans un album en se disant que ça ne nous correspondait peut-être pas. Et au final, pour composer l'album, on s'est juste dit que tant que ça plaît à tout le monde dans le groupe, peu importe si ça ne sonne pas spécialement rock australien, on le met.
Adrien : Pour le premier ou le deuxième album, il est arrivé des fois, je ne sais pas… mettons Anthony, il trouvait un truc, et ça faisait quand même très metal, et on se disait : « est-ce que c’est vraiment notre style ? ». Donc des fois, il est arrivé malheureusement qu'à contre-cœur, on jette quelque chose qui nous plaisait. Pourquoi ? Parce que ce n’était soi-disant pas le style. Puis non, en fait, on s'en fout, on fait ce qu'on aime, on y va à fond, on casse les barrières, on casse les codes. Aujourd'hui, on en est très contents. Alors après, on verra les répercussions, il y a forcément des gens que ça va surprendre.
Anthony : Pour l'instant, les retours qu'on a, c'est très bien.
Pour ma part, j'ai bien aimé le fait qu'il y ait un peu plus de variété. Je trouve ça sympa, ça apporte plus de choses.
Adrien : Merci.
Anthony : Tu écoutes quoi toi normalement ?
J'écoute tellement de choses !
Adrien : De tout ?
J'écoute de tout sauf du thrash.
Anthony : D'accord. Et ton style de prédilection ?
Plutôt Black Sympho et Folk, Pagan, de base. Après…
Anthony : C'est une musique un peu plus complexe que la nôtre.
Oui mais après, j'étais à Gutalax avant-hier, donc je ratisse large on va dire ! [Rires]
Anthony : D’accord [Rires]
Du coup, je voulais vous demander concernant les titres qui sont sur l'album… Vous avez mis tout ce qui a été composé, ou il y a des choses qui ont été soit mises au rebus, soit gardées pour plus tard éventuellement ?
Adrien : Au début, le label nous avait indiqué un temps précis pour l'album. 45 minutes. Ce temps-là, on l'avait et toi [à Anthony], tu continuais quand même à composer des trucs. Moi, ça m'emmerdait. Je me disais, c'est bon, on a ce qu'il faut [Rires]. Mais bon au final, ce n'est pas une perte de temps. On n'avait pas des chansons complètes. Comme il l'a dit tout à l'heure, ça part de riffs. Des fois, on peut considérer que quand on a un riff, on a une chanson, car ça part d'un riff. Mais des riffs en réserve, on en avait encore. On n'avait pas des chansons complètes, juste des riffs qui sont rangés dans les tiroirs.
Que vous allez peut-être ressortir ?
Anthony : En fait, le tri, on le fait en amont. Des riffs, on en a plein, mais on trie dans ces riffs-là. Toutes les chansons qu'on a vraiment finies pour l'album, on les a finies pour l'album. Les autres morceaux qu'on avait, mais qu'on n'avait pas complètement, eh ben forcément, ils n'étaient pas finis ! Donc à la fin de l’enregistrement de l’album, on a les morceaux qui sont dessus, et quelques extraits pas travaillés à côté.
Il y a eu deux singles, pour l'instant, sur l'album. Guitar Playboy, qui sonne, je trouve, vachement plus 80's que les autres morceaux. Ça a été ma première impression… Avec un clip super sympa. J'ai adoré la fin.
Adrien et Anthony : Ben merci [Rires].
Vous pouvez me parler un peu du clip ? Qui a les idées ? C'est vous ?
Anthony : Les idées du scénario du clip ?
Adrien : En fait, pour le scénario du clip, on savait qu'on voulait du cliché.
Anthony : Un cliché 80.
Adrien : On voulait un cliché, on voulait les amplis Marshall.
Anthony : Et puis dans un vieux studio.
Adrien : Après, les filles, au début, non. Ça s'y est prêté par rapport au scénario, ou par rapport aux paroles de la chanson. Après, Julien Metternich, qui est réalisateur, une fois qu'il a pris en compte ce qu'on voulait et ce qu'on ne voulait pas, on l'a bossé ensemble.
Anthony : Le réalisateur, nous proposait des scénarios en rapport avec les indications qu'on lui avait données. Un truc dans un studio, avec des murs d'amplis, etc. Et lui a fait son scénario. Et en fonction de ça, il demandait si on avait quelque chose à redire. Et c’était souvent le cas ! Le scénario s'est un peu fait en mêlant nos idées avec les siennes. C'est un mix de ses idées et de nos idées.
Et là, il y a eu la vidéo sur Meet The Monsters. J'étais très contente parce que c'est mon titre préféré de l'album.
Anthony : Ah ben c’est super ! C'est bien.
Franchement, celui-là, j'ai vraiment accroché dessus dès la première écoute.
Anthony : Pourtant, nous, non. [Rires]
Adrien : Les deux titres de singles, c'était des morceaux à la base qu'on n'aurait pas du tout mis en avant nous.
Anthony : C'est marrant parce que nous, on s'était mis plus ou moins d'accord sur certains morceaux de l'album. On se disait, ceux-là, c'est des morceaux qui sont plus forts que les autres.
Adrien : On va les faire. On va faire des clips avec ceux-là !
Anthony : On va booster ceux-là. On était sûr de nous. C'est Adrien qui a demandé l'avis à une vingtaine de personnes.
Adrien : Il y avait aussi bien des chroniqueurs que des gens, pas forcément chroniqueurs, mais très consommateurs de musique. J’allais pas demander ça à mon voisin, quoi. Je voulais l'avis de gens qui consomment de la musique, qui me donnent leur avis, qui soient vraiment objectifs, qui me disent pas ce que je veux entendre.
Anthony : Et puis avec des goûts éclectiques, des mecs qui écoutaient du glam, des musiciens…
Adrien : Des gens qui écoutent du death à mort. Il y avait vraiment tout style. Je leur ai demandé : « Soyez honnête, vous me donnez votre top 3. Je vous demande pas de détailler tout ce que vous préférez, mais au moins le top 3. Et Meet the Monsters et Guitar Playboy sont pratiquement sortis à chaque fois. Et là on s’est dit : « Wow, il va falloir que j'apprenne les paroles » [Rires]. Je les avais retenues juste pour l'enregistrement.
Anthony : Ouais parce qu’au départ, on s'était dit, c'est des morceaux qu'on jouera pas forcément en live… c'est des morceaux qui nous plaisaient, mais on trouvait qu'il y avait des morceaux plus forts.
Adrien : Bon, pour traduire, c’était des morceaux de remplissage, quoi [Rires généraux].
Anthony : Ben, voilà, justement c'est pour ça que je fais gaffe à ce que je dis ! [Rires] On essaie justement de ne pas faire des morceaux de remplissage, mais il y a des morceaux qu'on imagine plus avoir d'impact en concert que d'autres. C'est ça que je veux dire.
Et donc, vous, vous étiez sur quoi ?
Anthony : Nous, on était sur Glory or Nothing et Kings of the Road.
Kings of the Road, ouais. Très sympa aussi.
Anthony : Et en fait, Glory or Nothing, on était convaincus de notre truc, et personne ne l'a citée ! Alors que tous les titres ont au moins été cités une fois dans les top 3.
Adrien : Tous les titres, ouais. Tous les titres ont été cités au moins une fois. Sauf celui-là.
Anthony : C'est le vote du public. Tant pis. [Rires]
Adrien : Au final, on n'est pas objectif sur son travail.
Anthony : C'est dur d'avoir du recul, ouais.
Adrien : Donc on s'est dit, en fait, on a bien fait de demander. Et le label, à ce moment-là, nous avait dit qu'ils aimaient bien My Girlfriend is a Pornstar et Meet the Monster. Et à ce moment-là, on parlait du clip, et Julien Metternich, il disait : « Oh là là, j'aimerais bien Meet the Monsters. Il a dit : « Franchement, je peux faire un truc, j'ai déjà des idées qui me viennent. On peut faire un truc génial ». Je me suis dit : « Ça commence à faire beaucoup, là. Ok, on va faire Meet the Monster ! »
Anthony : À contre-cœur ! [Rires généraux]
Le morceau est bien, et le clip est super bien aussi. Après, moi, je suis une grosse fan de films d'horreur. Les années 70, 80 et tout...
Anthony et Adrien : Nous aussi !
Franchement, vraiment cool, le clip.
Adrien : On est contents du résultat.
Anthony : D'ailleurs, ce tee-shirt et cette casquette ont joué dans le clip. Et ce jean aussi ! Voilà.
Ça, c'est le truc qui va se vendre des millions après !
Anthony : Je vais les mettre en vitrine dans le bar !
Adrien : Pour le clip, au niveau maquillage, c’était très long.
Anthony : Pour moi, ça va.
Adrien : Pour les autres…. Moi, le jour du tournage, il n'y a rien eu, j'étais juste pas maquillé [Rires].
Ah, c’est l'état naturel !
Anthony : Ouais, là, il est maquillé ! [Rires]
Dans vos clips, il y a toujours quand même une petite touche d'humour. Dans les paroles aussi. C’est un truc qui vous tient à cœur ?
Anthony : Ouais, carrément.
Et en même temps, votre musique, est « sérieuse », on sent que vous bossez dessus. Comment vous trouvez l'équilibre ?
Adrien : C'est notre nature habituelle. Comme là, tu peux le voir dans l'interview. On aime bien délirer. C'est notre nature. Forcément, ça ressort dans la musique. Après, on n'est pas un groupe parodique à la Ultra Vomit, ou comme Steel Panther, qui eux sont clairement assumés comme des groupes parodiques. Nous, on est quand même un groupe sérieux, mais avec une image sympathique. C'est notre mentalité. On est comme ça. On aime les films d'horreur mais on aime aussi les comédies. On aime bien sortir des répliques de films. On aime bien faire les cons…. C’est naturel. On ne s'est jamais dit autour d'une table : « Allez, on va être marrants ». Ça s'est fait naturellement.
Anthony : Après, il y a un critère : on essaie toujours d'être dans l'autodérision. C'est un point très important. Dans les années 80, on pouvait sortir un peu les textes qu'on voulait. Maintenant, il faut faire attention à ce qu'on dit. Par exemple, quand on fait un clip avec des nanas, il faut faire attention à l'image qu'on donne des nanas. Et nous, c'est toujours l'autodérision. Dans l'histoire qu'on raconte, on se fout de la gueule du mec. Par exemple, c'est le cas dans le clip de Guitar Playboy. Et c'est le cas dans la chanson My Girlfriend is a Pornstar. Au premier abord, on pourrait dire : « Oh, là là, le truc misogyne ! ». Mais en fait non, c'est l'histoire d'un pauvre mec. C'est un mec qui fantasme sur une actrice porno. Il est tellement amoureux d'elle qu'il croit que c'est sa copine. C'est toujours le truc. Essayer d'avoir...
Adrien : Au final, on se fout toujours de notre propre gueule.
Anthony : Et le seul morceau qui est un peu plus sérieux, c'est le dernier morceau de l'album In Fear, Blood and Fire. C'est Adrien qui m'avait demandé d'écrire des paroles un peu plus personnelles. Parce qu'Adrien a été militaire. Il a été soldat.
Adrien : J’ai combattu en Afghanistan en 2008. On a perdu des gens. Je voulais faire un petit texte là-dessus. Je voulais qu'on fasse un petit truc. Un petit hommage.
Anthony : C'est le texte que j'ai eu plus de mal à écrire. C'est dur de trouver le bon ton. Il faut à la fois faire un truc pas trop larmoyant non plus. Il ne faut pas faire un truc qui soit un morceau de propagande pour l'armée. Il ne faut pas faire un truc antimilitariste. Trouver le bon ton, la bonne approche, c'était compliqué. J'ai choisi une approche où je parle plus de la relation entre les hommes, les frères d'armes. Comme ça, ça rend la chanson un peu plus universelle. Chacun peut s'identifier un peu au truc. En plus de ça, au moment où tu m'as demandé ça, on venait de composer l'instrumental de ce morceau-là. L'instrumental a une sonorité beaucoup plus sombre que les autres morceaux. Du coup, ça s'y collait bien. Je ne me voyais pas mettre des paroles marrantes sur ce type d'instru.
Vous parliez justement du fait que, de nos jours, c'est plus compliqué d'écrire des textes en se disant : « Est-ce qu'on va heurter quelqu'un, est-ce qu'on va avoir des problèmes »... Pareil pour l'image des femmes. Hier, j'étais en interview avec le chanteur de Crazy Lixx, et c'est pareil. Ils ont toujours des filles quasiment nues dans leurs clips, mais à chaque fois, elles vont assassiner les gars à la fin, ou des trucs du genre. Ce sont des femmes fortes et pas des potiches. Est-ce que vous vous posez beaucoup de questions sur les limites à ne pas franchir ?
Anthony : Maintenant plus qu’avant. Quand on a commencé, on faisait attention, mais encore plus maintenant. Dans ces dernières années, il y a eu une prise de conscience d'un peu tout le monde sur ces sujets-là. On essaie de rester toujours respectueux.
Adrien : Je pense qu'on est assez bien entourés. Je pense que si on allait trop loin, quelqu'un serait là pour nous dire qu'on n'a pas le droit de faire ça. Même si de notre part, il n'y aurait pas de mauvais sentiments, on fait quand même bien attention à ça. Même les filles avec qui on a tourné, par exemple, font très attention à ça elles aussi. Elles ont lu le scénario, elles ont rigolé. Donc ça va, on fait attention quand même.
Vous venez du Nord. Je trouve que la scène rock et metal en général a l’air de bien bouger dans la région. Est-ce que vous le ressentez aussi ?
Anthony : C'est compliqué de répondre pour nous, parce qu'on est un peu dans notre bulle. Avant que le groupe soit vraiment formé, on tournait énormément dans les concerts. On était beaucoup au courant du monde musical qu'il y avait autour de nous. Là, comme on a toujours la tête dans le guidon, surtout ces dernières années, pour essayer de faire monter le groupe, de composer, d'enregistrer, de faire de la promotion. On a un peu plus de mal peut-être à avoir une image un peu plus large du truc. Après, on est conscient que ça bouge quand même.
Adrien : Oui, on a des très bons groupes en France. La scène française, elle est vraiment très bien. On a beau dire que ce n'est pas le pays, mais on a de très bons groupes en France.
Je trouve que sur la dernière décennie, ça a vachement monté en puissance. Avant, on avait surtout des petits groupes locaux. Je trouve que maintenant, il y a de plus en plus de groupes qui sortent au niveau international.
Adrien : Carrément.
Anthony : Oui, et puis avec l'évolution technologique, maintenant, chaque petit groupe peut avoir un bon résultat parce que chacun peut s'enregistrer à la maison sans forcément passer par un grand studio et avoir un bon résultat. Avec les réseaux sociaux, chacun peut avoir beaucoup plus d'exposition qu'avant. C'est plus facile de faire connaître ton nom. Le mauvais côté, c'est que maintenant, il y a énormément de groupes qui sont mis en avant. Donc, c'est un peu plus compliqué de sortir son épingle du jeu. Là où on a un peu de chance, c'est que nous, on reste dans du rock traditionnel et la plupart des musiciens ne sont plus super intéressés par le rock traditionnel. Le public, si.
Adrien : Oui, le public, si.
Anthony : On a encore un bon public, mais les musiciens sont plus tournés vers tout ce qui est un peu plus extrême avec des sons et des distorsions beaucoup plus importantes. Donc nous, en vrai, dans notre style, on n'a pas beaucoup de concurrence en France. Donc, tant mieux pour nous.
Oui, c’est vrai que dans ce style, il n'y a pas énormément de groupes français qui ont percé.
Anthony : Tant mieux pour nous ! [Rires]
Qui est-ce qui a écrit les bios sur votre site ? Parce que les bios sur votre site, elles sont...
Anthony : C'est moi.
Elles sont énormes.
Anthony : Oui, c'est moi. Mais le pire, c'est que quasiment tout est vrai. [Rires d’Adrien] N'est-ce pas ?
Adrien : Oui. Oui, pratiquement.
C’est peut-être quand même un tout petit peu déformé par moments ?
Adrien : Un petit peu déformé… mais des fois, on n'a pas tout mis. Tout est vrai, mais bon après faut trouver la bonne tournure.
Quand vous ne jouez pas de musique, vous faites quoi ?
Adrien : Oh, j'ai oublié ce que je faisais moi.
Anthony : Oui, parce qu'on fait énormément de trucs.
Adrien : On est tout le temps focalisés sur le groupe. Quand je ne suis pas dans le groupe, j'essaie de passer un peu de temps avec ma copine.
Anthony : Moi aussi. À côté de ça, on est des grands passionnés de cinéma. On aime bien regarder des films.
Adrien : Un peu de sport, moi. Sinon, non. Le sport, le cinéma, passer du temps, faire des sorties avec ma copine.
Anthony : Après, moi, personnellement, je suis tellement passionné de guitare… J'en fais énormément. Je passe des heures là-dessus. Après, on n'a plus le temps de faire grand-chose. Après, on est fatigués.
Adrien : C’est vrai que c'est compliqué. C'est pour ça que ça paraît rigolo, mais quand je ne suis pas sur le groupe… alors quand je dis sur le groupe, c'est pas forcément avec une guitare : ça peut être sur l'ordi, ça peut être des démarchages, ça peut être des coups de téléphone... Ça peut me prendre énormément de temps. Même ne serait-ce que fouiner avec mon portable, contacter des gens, etc. Ça me prend un temps énorme. Surtout avec la préparation de l'album. Cette dernière année a été... Malgré le fait qu'on n'a pas joué, ça prend énormément de temps.
Anthony : Il y a toujours un truc à faire en rapport avec le groupe. Ça nous prend toute notre vie ! [Rires] Elle va être triste cette interview ! [Rires].
Je mettrai ça en titre…
Anthony : La triste vie des musiciens d’Overdrivers [Rires]. Achetez leur CD, s'il vous plaît !
Musicalement, vous êtes fans de qui ? Je ne parle pas forcément d'inspirations, de ce qui va dans votre musique après, mais qui vous écoutez ?
Anthony : Alors c'est très marrant parce nous, on est musiciens, mais on n'écoute pas énormément de musique. On connaît par cœur ce qu'on écoute, mais on n'est pas hyper curieux du reste. La plupart du temps, c'est un peu gênant. Les gens qui viennent nous parler après le concert, ils nous racontent un peu leurs goûts. « Ce groupe-là, tu connais ? ». On leur dit : « Non ». Ils nous disent 5 secondes après : « Ce groupe-là, tu connais ? »… Au bout du troisième groupe, « Ce groupe-là, tu connais ? ». Bon, on connaît pas, mais on dit oui, histoire de faire semblant. [Rires]
Adrien : [à Anthony] Des fois, Quand je dis oui à quelqu'un, je vois que tu me regardes.
Anthony : Genre : « Tu connais ça, toi ? » Quand tu réponds oui, tu espères qu'il ne va pas te poser une question précise sur le groupe.
Adrien : Parfois, ça m'arrive. « Tu as vu le nouveau chanteur, t’aimes bien ? ».
Anthony : Tu fais [Il fait une moue]… Tu attends de savoir sa réaction. [Rires]
Adrien : On n'écoute pas que du métal. Franchement, j'écoute de tout. J'écoute de tout, tant que ça me plaît, tant que la musique... En fait, on n'est pas des fans de métal. On est des fans de musique accrocheuse.
Anthony : C'est vrai. Tu vas me mettre un Katy Perry… si la musique est bien, je vais pouvoir t'écouter du Katy Perry et y prendre plaisir. Ce que je viens de dire, dans la communauté métalleuse, c'est parfois un peu une honte. Je serais au Hellfest en train de dire ça, on nous lancerait des tomates. [Rires] En vrai, on a des goûts... Moi, la musique de film, je peux passer des heures à écouter de la musique classique et des musiques de films. En fait, tant que je trouve un truc accrocheur...
Adrien : Moi, c'est exactement pareil que lui.
Anthony : Peu importe le style. Je ne suis pas fermé à un style.
Adrien : Si le refrain est bien et que c'est accrocheur, je kiffe. Je ne vais pas me dire : « Ince, j'aime bien, mais c'est pas du métal…. »
Anthony : Je vais me forcer à ne pas aimer du coup ! [Rires]
Adrien : Des fois, je parle avec des gens, ils me disent : « Tu aimes bien cette musique-là ? ». Je leur dis : « Ben ouais, t'aimes pas ? » Ils me répondent : « C'est de la merde ! ». Mais ouais, nous on est simples, là-dessus.
Vous avez bien raison ! C'est quoi votre meilleur souvenir de scène ? Est-ce qu'il y a un concert que vous avez fait où il s'est vraiment passé un truc ?
Adrien : Des pires souvenirs, j’en ai, mais des bons… c’est toujours des bons souvenirs en fait.
Ben vas-y sur les pires !
Anthony : Attends, moi j'en ai un bon quand même. Quand on a joué à Annecy. On arrive à une salle de concert. C'était près du lac, mais c'était un peu mal famé quand même, et il y avait des clodos qui étaient devant la salle. Pas méchants du tout, hein !
Adrien : Vraiment le cliché clodo.
Anthony : Ah oui, il y en a un qui avait un vieux manteau Camel des années 80, avec le chameau derrière. Il m'a marqué, visuellement ! Il sentait bon aussi. À un moment, on joue. On ne faisait pas gaffe. Et d’un coup, on voit qu’ils s’étaient incrustés dans le public. Et ils ont mis une ambiance de malade. Je ne sais pas si tu te rappelles. Ils pogotaient. D'un seul coup, je les vois passer [en slamant]. Je me suis dit : bon, ben c’est bien, ils ont passé une bonne soirée. C'était un bon souvenir. À ce moment-là, je suis certain qu'ils ont oublié qu'ils étaient clochards. Ils ont passé une bonne soirée. C'était bien. J’étais content. Et mauvais souvenir, je sais de quoi tu veux parler….
Adrien : Moi, je parle de Phil Campbell. Faut que je le raconte ?
Ah ben oui, t’es parti pour !
Adrien : Le mauvais souvenir, c'était qu'on jouait au Splendide à Lille en première partie de Phil Campbell. Il y avait un morceau qu'on jouait avec un capodastre. On avait un guitar tech à ce moment-là. Le fait de mettre un capodastre sur les guitares, fait qu’il faut réaccorder la guitare. On avait camouflé ce temps-là avec un solo de batterie, histoire que dans le show, les gens ne voient rien. Pendant le solo de guitare, on arrive sur notre guitar tech. Il nous file les guitares et on a bien vu sa tête qu’il était tout blanc.. On a vu qu'il avait pas réussi. Il avait pas réaccordé les guitares. Les guitares n'étaient pas prêtes. On est partis. Nous, on sentait la fin du solo de batterie arriver. On a pris nos grattes. On est montés sur scène. Le batteur termine son solo de batterie, il fait crier le public, il part sur le morceau. Et là…
Anthony : Dès la première note !
Adrien : Ouais, la première note…. Je n'entendais que moi dans mes retours, j'entendais pas la guitare d'Antho. Je sens que je suis désaccordé à mort. Un désaccordage complet ! Je me dis : « Merde, qu’est-ce ce qui se passe ?! ». Je baisse mon potard…. Après, j’étais moins expérimenté qu'aujourd'hui, c’était en 2018… Je baisse mon potard et je joue sans son. Je fais semblant de jouer et je me dis : « Je vais pas faire la musique comme ça complète… » La musique part, je me dis : « Allez hop j'ai pas le temps d'aller changer… » Aujourd'hui, je pense que c'est ce que je ferais, j’irais changer de gratte tout simplement et basta. Enfin bref, je pose ma gratte par terre… je la claque pas, je fais quand même attention, j'en ai pas beaucoup ! Je la pose par terre et là je fais le show je prends au pied le micro, hop je claque mon pied sur le retour et j'essaie de faire le show à la Bruce Dickinson limite, histoire de camoufler le truc. En revanche, je me suis dit : « Au pire il manquera une guitare, c'est pas grave, le soliste c'est lui, il y aura quand même un solo, c'est pas grave ! » La seule chose que je ne savais pas, c'est que lui aussi était désaccordé complètement, et je pense que lui ne savait pas que j'étais désaccordé… [À Anthony] Quand la musique est partie, toi tu croyais que j'avais encore ma guitare et que j’allais commencer, tu croyais que t'allais changer de guitare à ce moment-là. Mais quand t'as vu ma guitare posée par terre, tu t’es dit : « merde ! »
Anthony : Oui, je me suis dit : « Bon ben tant pis, je vais continuer à jouer désaccordé ».
Adrien : Lui, il s'est dit que s’il se barrait, il n'y aurait pas de guitare…
Anthony : Mais quand je dis désaccordé, c'était n'importe quoi ça sonnait… Il y a des notes, on les a entendues qu'une seule fois dans l'histoire de l'humanité, ces notes-là ! Je devais tirer sur mes cordes pour qu'elles soient justes c'était un calvaire…
Adrien : Le problèmes, c’est que moi, pour camoufler ce calvaire, j’essayais de faire le show à la Bruce Dickinson. Je me suis dit : « Il faut que les gens regardent au lieu d’écouter ! » [Rires] « Il faut que ce désagrément soit camouflé par autre chose ».
Anthony : L’occasion de faire un petit événement.
Adrien : Mais du coup, les gens m’avaient jamais vu sans ma guitare. Y en a qui se sont dit : « Putain, c’est génial », et ils se sont mis à filmer !
Ah ben justement, j’allais dire, est-ce qu’il y a des vidéos de ce moment ?
Adrien : Mais du coup, oui ! Le lendemain, il y avait que des vidéos de ce moment-là, quand on était désaccordés !!! On a dit : « Merde… ». Et les gens venaient nous voir après le concert, genre : « Oh, c’était génial ! C’était prévu, tu vas toujours le faire pendant le show de balancer ta guitare à ce moment-là ? ». « Mmm, ouais, non, je me suis dit que ça pourrait être cool… » [Rires] Et en fait, le lendemain, tout le monde avait mis cette vidéo. Donc, on a contacté tous les gens qu’on connaissait en leur disant : « S’il-te-plaît, enlève ça ! Tu sens pas que c’est désaccordé ? ». « Ah, ben je sentais un truc bizarre, en effet… »
Anthony : Heureusement que l’ingé son avait eu la présence d’esprit de monter à fond la basse, du coup il avait fait un cache-misère un petit peu. Mais bon, on se sent seuls dans ces moments-là !
Je vais peut-être aller chercher ces vidéos quand même [Rires]. Pour terminer, il y a pas mal de dates annoncées déjà – bon pas vraiment beaucoup en région parisienne, à part au fin fond du 91 – est-ce qu’il y en a d’autres qui vont arriver ?
Adrien : Oui, oui. Le label voulait impérativement qu’on mette des dates, mais nous on était pas trop d’accord, parce qu’il va y avoir des changements… Déjà, entre le premier et le deuxième clip y a eu du changement. Y a des dates qui ont été annoncées alors que les contrats ne sont même pas signés pour certains. Donc, ça va encore bouger pas mal. C’est le label qui a tenu énormément à ce qu’on annonce. On n’était pas trop d’accord, mais on n’a pas vraiment eu le choix, ils insistaient énormément. Donc, ça va bouger !
Merci beaucoup !
Adrien et Anthony : Merci à toi !
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Orsola G.