1/3/2025

"J’ai l’air en colère quand je chante" - Sam Carter, Architects

Nous avons eu le plaisir de rencontrer Sam Carter, chanteur d'Architects. Il nous raconte leur nouvel album "The Sky, The Earth & All Between" sorti le 28 février 2025 dernier, mais également son engagement pour le respect de la biodiversité, son rapport à l'intensité des tournée et de la scène. Depuis « The classic symptoms of a broken spirit », leur dernier album studio paru en 2022,  Architects poursuit son aventure musicale, s'imposant comme l'un des piliers du Metalcore.

Deux questions en une pour commencer ! Qu’est-ce qui se trouve entre le ciel et la terre et qu’est-ce qui te met si en colère ?

Ce qui se trouve entre le ciel et la terre… eh bien tout et n’importe quoi. Ensuite, je dirais que je ne suis pas spécialement en colère. Je pense que cet album est plus triste, émotionnel, passionné. Je pense que quand la musique est extrême, c’est important d’avoir ce côté passionné, et la colère qui plane au-dessus de tout ça pour apporter l’énergie. Quand tu crées quelque chose de plus lent, de plus triste, c’est important d’apporter de l’émotion, de la douleur. Mais de toute façon, j’ai l’air en colère quand je chante (rire).

Le 17 décembre, après 5 mois d’emprisonnement, Paul Watson a été libéré. Au regard de ton engagement personnel, est-ce que cette journée t’a marqué ?

Je me suis senti vraiment heureux. J’étais en contact avec Omar (Todd, ndlr) pendant cette période et c’est juste fou. Tout était en règle, c’est tellement triste de voir que les gouvernements se servent de lui comme d’un genre de moyen de pression. Et quand les preuves ont été présentées, ils n’avaient aucun moyen de nier, alors ils les ont juste ignorées le plus longtemps possible. Donc oui, je suis ravi qu’ils aient fini par l’écouter, que ça ait fini par se régler. Et je crois que le gouvernement français a beaucoup œuvré pour sa libération !   

Est-ce que tu penses continuer à militer pour la protection de la biodiversité à travers Architects ? 

Oui, je continuerai à parler de Sea Shepherd, de la Fondation Paul Watson, parce que je crois que c’est important d’avoir des mentors pour les générations futures, comme Greta Thunberg d'ailleurs. Je pense qu’il y a des voix importantes qu’il faut protéger. C’est elles qu’il faut écouter, pas les gouvernements.

C’est l’heure de la digression personnelle. Un petit conseil pour réduire sa consommation de viande ? 

La clé aujourd’hui, plus que n’importe quand, c’est que chacun fasse un petit effort. Faire un peu mieux, plutôt que de chercher la perfection. En consommer deux ou trois fois par semaine, je pense que c’est la bonne façon de faire. 

Est-ce qu’en tant qu’artiste, tu penses avoir une responsabilité à porter certains sujets qui te tiennent à cœur auprès du public, ou considères-tu plutôt ton rôle comme étant celui de donner du bon temps au gens ? 

Plus je vieillis, moins je me sens responsable. Nous vivons dans un monde où il y a tellement de pouvoir et de choses qui nous dépassent. On a le sentiment que si on ne recycle pas les choses de la bonne façon, nous allons signer la fin du monde, alors qu’il y a probablement une poignée d'entreprises industrielles responsables d'une majorité des problèmes dans le monde. Mais on se fait laver le cerveau pour nous faire croire que nous sommes le problème. Et donc plus je vieillis, plus je réalise que notre musique et nos concerts sont utiles et nécessaires pour aider les gens à s'échapper du quotidien. C’est un moment où les hommes et les femmes peuvent se réunir. Et c'est notre job de délivrer une performance et de libérer les gens de ce qu’ils traversent dans leur vie. Je crois que le public m’aide beaucoup à avancer, et qu’il prend soin de nous aussi. Ça marche de pair. Je suis quelqu’un de très sensible, et un rien peut m'atteindre. Et plus je vieillis, plus je me protège. Je donnais beaucoup de ma personne quand j’étais plus jeune. Aujourd'hui, je valorise le fait de passer du temps en famille, avec mes chiens et mes amis et préserver le calme. Je pense que c’est comme ça que je m’épanouis le mieux en tant que personne.

Au regard de ce que tu nous confies, comment appréhendes-tu le burn out dans le milieu de la musique. Nous pensons à Bad Omens qui s'est confié sur ce sujet récemment...

La scène n’est pas tout le temps le meilleur endroit pour s’épanouir en tant que personne. C’est beaucoup de travail acharné, c’est plus simple quand tu es plus jeune car tu as l'énergie et l'insouciance. Mais il faut apprendre à prendre soin de soi, notamment en faisant des pauses. J’aime beaucoup me couper complètement entre les tournées. Et retrouver un temps calme chez moi, avec les chiens et ma femme. 

Tu as beaucoup de collègues dans l’industrie musicale, particulièrement le metal, qui partagent leur engagement durable au regard de ce qui se passe dans le monde, comme Gojira ou Megadeth par exemple. Est-ce que, par le passé, tu as déjà été confronté à un certain rejet de la part de ton public ou des parties prenantes de l’industrie musicale vis-à-vis de tes convictions ?  

Non, pas vraiment. En particulier, avec For Those That Wish To Exist, qui parlait beaucoup du changement climatique et de ce qui se passait dans le monde, je pense que c’était bien accueilli à l’époque. Je pense que c'est un sujet qui devient compliqué notamment à cause des tournées... un peu le bâton que tu tends pour te faire battre.  Et les gens réagissent, nous demandant de rendre des comptes. Et tu te fais attaquer quand tu te déplaces, et c’est fatiguant et compliqué à gérer. 

Est-ce que vous travaillez à optimiser vos tournées en ce sens ? 

Tous les groupes voudraient pouvoir faire comme Coldplay, mais très peu gagnent autant qu’eux. Alors on fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, et on fait de notre mieux. On a fait un album à propos de ça, mais on n’est pas les sauveurs. Encore une fois, j’aimerais avoir le contrôle là-dessus, mais il y a beaucoup de choses que je ne maîtrise pas.

ARCHITECTS Le nouvel album "The Sky, The Earth & All Between" en février

 

Ca fait écho à ce que tu disais au début de l'interview, qu'il faut réduire et surtout, ne pas abuser. Mais tournons la page de ces sujets environnementaux qui nous touchent particulièrement pour nous concentrer sur votre album. Tu as parlé de For Those That Wish To Exist, et c'est un album qu'on adore chez Metalleux de France, notamment par  son ambiance très atmosphérique. À l'écoute des nouveaux titres de The Sky, The Earth, And All Between, on a le sentiment que c'est la puissance qui prime. Est-ce que cette ère mélodique d'Architects est derrière vous ?

Je pense qu'en réécoutant le nouvel album, vous comprendrez la démarche. Je crois qu'il y a un temps pour tout, et que cet album est le reflet de ce qui se passe dans le monde, de la façon dont on se sent, de notre passé. For Those That Wish To Exist est un super album, et je l'aime vraiment. Et particulièrement le titre "Animals". Et en y réfléchissant, je pense qu'il y a certains liens entre For Those That Wish To Exist et ce nouvel album. Il y a notamment beaucoup d'émotions, plus particulièrement sur "Chandelier", le dernier titre qui évoque, quelque part, For Those That Wish To Exist. "Broken Mirror" également. 

Est-ce que vous pensez à enregistrer à nouveau en version orchestrale à l'avenir ?

On en a discuté pour cet album. Tellement de groupes l'ont déjà fait, on l'a fait également... On a fait la session Abbey Road, pour écrire ce chapitre de notre carrière, et le fermer. Et c'était génial d'être dans ce studio, mais c'était aussi très intense. On sortait tout juste du Covid, et on n'avait pas côtoyé autant de gens en un an, alors là, se retrouver avec 50 personnes, nous 5, toute notre équipe, c'était intense. Donc, pour répondre à la question, ce n'est pas un non définitif, on en a parlé, personnellement, j'aimerais enregistrer quelques titres avec un orchestre, même si ce n'est pas sur cet album spécifiquement. C'est un exercice intéressant parce que certains titres ne sont pas du tout prédestinés à ça, certains sont même assez électro, alors c'est génial de voir où ça nous mène. En tout cas, content qu'il vous ai plu ! 

Votre carrière s'est accélérées ces dernières années jusqu'à vous placer comme véritable pilier de la scène metalcore. Avec le recul, de quoi es-tu le plus fier dans ta carrière ? 

Déjà, de toujours être là. De toujours être pertinent, créatif, conducteur de changement. Ensuite, d'avoir su dépasser des situations difficiles comme la perte de Tom. Je n'étais pas sûr que nous continuions après ça, c'était quand même une vraie réflexion quant à savoir comment faire pour continuer. Ensuite, avoir produit 11 albums est une fierté. Je veux dire, produire 11 productions, même si c'est 11 chansons, c'est déjà quelque chose. Mais 11 albums, c'est très spécial. Donc oui, d'être toujours là, d'avoir toujours envie d'exceller, d'être les meilleurs que nous puissions être, donner le meilleur de ce que l'on peut faire. Mais avoir un disque d'or au UK et en Australie, c'est vraiment une chose que je ne pensais pas voir se produire. Et les concerts, en général. Venir à Paris et jouer devant 6000 personnes, 10000 personnes à Londres, c'est juste fou. 

Est-ce que tu imaginais ta vie comme ça quand tu avais 10 ans ? 

Non ! L'avantage avec notre carrière, c'est que ça a été progressif. Ca ne s'est pas fait du jour au lendemain, ça a pris 20 ans durant lesquels c'est devenu de plus en plus important. Et du coup, c'était gérable, mentalement. Je ne sais pas comment font les groupes qui explosent du jour au lendemain parce que je trouve ça déjà assez dur comme ça quand l'ascension est lente. Mais non, je n'ai jamais rien imaginé de plus que de jouer devant 1 000 personnes peut-être. C'est fou. 

Dernière question. Au regard de l'émergence de nouveaux groupes à la croisée des mondes tels que Sleep Token ou Bad Omens, et des piliers du genre des années 70-80 tels que Metallica ou Megadeth, penses-tu que l'avenir est brillant pour la scène metal ? 

Oui, totalement. Des groupes comme Spiritbox, Bad Omens, Sleep Token... la liste continue avec de très bons groupes qui ont un très bon niveau. C'est impossible de savoir si un de ces groupes deviendra le nouveau Metallica ou Maiden ou les Stones ou les Beatles parce que je n'étais pas là au début de ces groupes-là. Et c'est là que c'est compliqué pour des groupes comme nous de partir de là où nous sommes pour devenir les têtes d'affiche des festivals. Pour ça, tout doit être parfait. Ca doit être le meilleur artwork, les meilleures vidéos, les meilleurs sons, tout doit être parfait parce que les autres groupes ont fait le taff. Donc oui, j'espère que ces groupes seront là, et si ils n'y sont pas, c'est pas grave. Les groupes des 70-80 sont toujours là, même si les shows sont plus calmes, mais sont toujours aussi bons.  

Texte: Annaelle Moss
Photo : François Capdeville

Architects en tournée en France

10 mars Lille / Zénith
11 mars – Strasbourg / Zénith
12 mars – Nantes / Zénith
14 mars - Lyon / Halle Tony Garnier

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