En cette soirée printanière et étonnamment douce, nous avons rendez-vous à l’Aéronef, la bien nommée salle de concert qui surplombe les voies ferroviaires de Lille, perchée au-dessus d’Euralille.
L’endroit renvoie l’esprit guinguette tout en s’affublant d’un décor moderne et industriel, ambiance ancienne usine qui fait écho au passé de la métropole.
À 19h30 tapantes, c’est Midhaven qui débarque. Formation originaire de Mumbai, ils nous servent alors un ovni musical entre le doom, le stoner, le prog… bref, un cocktail assez inqualifiable et qu’il faut savoir apprécier. Vous l’aurez compris, c’est plutôt pertinent de les placer en tout début de show, car ce n’est pas l'énergie qui les qualifie, mais bien la lourdeur.

20h15, place à Demonic Resurrection qui fête son quart de siècle. Cette fois, on donne dans un death / thrash saupoudré de breaks bien sentis qui échauffent gentiment la nuque. Originaires, eux aussi, de Mumbai, ils nous dévoilent une autre facette de ce que la scène indienne a à offrir.

C’est ensuite Calva Louise qui foule les planches. Le trio est international, une chanteuse / guitariste / pianiste franco-vénézuélienne, un batteur d’origine néo-zélandaise et un bassiste, lui, bien français. C’est la jeune femme qui mène la danse et qui incarne toute l’âme du groupe : un savant mélange d’influences latines et d’une rythmique ancrée dans les standards du metal occidental, une voix claire caractéristique aux accents hispaniques capables d’aller chercher des screams haut-perchés et un growl caverneux tout en alternant guitare et piano… Tout un programme mené de front par cette jeune femme résolument talentueuse. Côté musique, on est face à un nouvel ovni, on y ressent des inspirations à la Jinjer où metal moderne se mêle à autre chose.

22h. Les lumières s’éteignent et une mélodie venue tout droit des contrées indiennes s’élève dans l’Aeronef. En l’espace de quelques secondes, c’est toute la joyeuse bande de Bloodywood qui s’affiche, alignée, sur la scène. Entre Jayant Bhadula, cheveux longs en habit traditionnel, et Raoul Kerr, crâne rasé et son débardeur no-flag, le contraste est saisissant et à l’image de la formation originaire de New Delhi. C’est en partie grâce à ce savant mélange entre rap et folk traditionnel que Bloodywood s’est imposé sur la scène internationale, incarnant une Inde entre traditions et modernité, entre héritage et street culture, entre hommage et projection.



À la veille de la sortie de Nu Delhi, leur deuxième album, l'émotion était toute particulière. Côté setlist, on est servis avec une répartition équilibrée entre anciens et nouveaux titres, notamment avec “Hallal Bol” présentée en exclusivité lors de la tournée. Évidemment, des titres tels que “Machi Bhasad (Expect a Riot)” ou “Gaddaar” retournent une fosse qui enchaîne Wall Of Death et Circle Pit. Karan Katiyar nous enchante de sa flûte mélodieuse et qui fonctionne à la perfection, même en live. Sarthak Pahwa et son dohol nous inspire la puissance des percussions et s’affiche comme une base éminemment solide à laquelle s’accrocher alors que Jayant et Raoul se donnent la réplique.



Entre discours inspirants sur la poursuite de ses rêves et le vivre ensemble, entre puissance et mélodie, au milieu des sourires et des témoignages de reconnaissance, un lien fort se crée entre la scène et la fosse, entre ces artistes venus tout droit des rues de New Delhi et la fosse lilloise en délire.
Il n’est pas dans nos habitudes de vous dévoiler le “behind the scene” car nous tenons à respecter les artistes et leur vie en dehors de la scène. Mais nous allons tout de même vous livrer un petit épisode de notre rencontre avec eux, pour appuyer l’humanité de ces artistes qui sont loin de n’afficher qu’une bienveillance de façade. Alors que nous attendions Jayant pour notre interview, nous avons croisé Raoul accompagné d’une de leur fan que nous avions vu patienter devant la salle. Ce dernier, mis au courant qu’une de leur fidèle spectatrice attendait à l’entrée plusieurs heures avant le show, a demandé à la production de la laisser entrer afin qu’elle puisse patienter plus confortablement.
Voilà ce qu’est Bloodywood : une humanité incarnée et ancrée dans une formation à la musique fédératrice.



Si vous voulez en savoir plus sur l’évolution et le message porté par Bloodywood, l’interview de Jayant que nous avons réalisée quelques heures avant leur show à Lille arrive très bientôt !
Texte : Annaëlle Moss
Photos (Bataclan) : Stephan Birlouez